Chaque année, vers l’équinoxe, mon laboratoire de l’Université du Plaisir reçoit le même signalement. Cette fois, il vient de Lullaby, membre bien réelle de MondeLibertin, qui a accepté de prêter son oreille d’une rare finesse et de ne pas garder le silence mais d’ouvrir la bouche pour m’aider dans mes travaux : elle entend tomber des glands à tous les coins de rue. J’ai aussitôt reposé mon vin chaud. Nous tenions enfin le cas d’école de la Glandophonie saisonnière de Lubrix, syndrome imaginaire que j’ai moi-même découvert, nommé et breveté dans un carnet à spirale.
Un protocole d’une rigueur absolue
Mon étude entièrement fictive a porté sur 23 adultes volontaires, deux bancs publics et un thermos, répartis entre Nantes, Dijon et Tours. Résultats : 7,4 glands entendus par minute en moyenne, 96,2 % de sourires en coin à l’annonce du sujet et 100 % des participants demandant « des glands de quoi, exactement ? ». Ma consœur fictive, la Dr Hortense Chênaie, de l’Institut du Sous-Bois, conteste ma méthode. Elle prétend qu’il s’agit simplement de l’automne. Hortense n’a jamais compris la poésie.
Lullaby a d’abord cru à la pluie. Puis elle a compté, consciencieusement, goûté, d’un trottoir à l’autre : chez elle, la rigueur scientifique passe aussi par les papilles. Il y en avait partout, et tous différents. Une classification s’imposait.
Classification officielle des 7 glands d’automne
1. Le Gland Primeur. Il tombe dès la fin août, persuadé d’être attendu. Enthousiaste, ponctuel, légèrement en avance sur la saison. On l’accueille avec bienveillance : l’enthousiasme n’a jamais été un défaut.
2. Le Gland Encapuchonné. Il porte sa cupule comme un manteau de cachemire. Il faut du tact pour découvrir ce qui se cache sous le capuchon et, surtout, attendre qu’il en ait envie.
3. Le Gland Timide. Accroché à sa branche jusqu’en novembre. On ne le secoue pas : on lui parle, on patiente, il descend quand il veut. Ou pas. Et c’est très bien ainsi.
4. Le Gland Discret. Caché sous les feuilles mortes, petit mais redoutablement sensible. Beaucoup passent à côté sans le voir. Pas un professeur digne de ce nom.
5. Le Gland Frileux. Il ne sort que sous la couette, entre deux plaids. Son pic d’activité coïncide avec le changement d’heure, selon une corrélation que j’ai observée trois fois.
6. Le Gland Rouleur. Il dévale les trottoirs pavés avec un « toc-toc » caractéristique. Il serait responsable de 61 % des cas de Glandophonie.
7. Le Gland Gourmet. Rond, lustré, d’une tenue impeccable. Le Gland Gourmet inspire au professeur des hypothèses que la science, par pudeur, laissera au vestiaire.
« Moi, je suis clairement un Gland Frileux. Pas avant 22 heures, et jamais sans chaussettes. »
— Bertrand, 52 ans, Dijon (témoignage fictif)
Le rappel que mon ego m’autorise à faire
Ici, je range mes chiffres. Une information réelle, sobre et sans blague : qu’il s’agisse du gland du pénis ou de celui du clitoris, c’est une zone très riche en terminaisons nerveuses. Elle appelle de la douceur, de l’attention et un consentement clair. On demande, on écoute, on ajuste. Pour toute question de santé, un professionnel qualifié reste la bonne adresse, pas un professeur qui donne ses cours dans l’arrière-salle d’un sauna.
« Le Professeur m’a fait classer mon compagnon. On a hésité entre Timide et Gourmet. On a fini par en discuter, longuement, sous la couette. »
— Maëlle, 41 ans, Tours (témoignage fictif)
Conclusion
La Glandophonie saisonnière n’est pas une maladie, c’est une forme d’attention aiguë au monde : celle qui entend un gland tomber là où d’autres n’entendent que la circulation. Pour ma part, je m’en tiens à de longues promenades en forêt. Lullaby, elle, exige un panier assez grand : ça, elle adore y mettre la main. La Dr Chênaie maintient que nous ramassons surtout des marrons. Je maintiens qu’elle est jalouse de notre panier. D’autres études sont nécessaires. Financement bienvenu.
— Pr. Éric Lubrix, Université du Plaisir (non reconnue par l’État) 🩺


